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Te rappelles tu encore de ce corps que tu as découvert un jour pas hasard…
Ce jour magnifique où enfin je me suis senti libre…Ce jour où j’avais réussi à prendre la fuite de la ganaderia où j’ai grandi…Ce corps Ida, tu l’as d’abord regardé du coin de l’œil, de ton œil brun sombre mais empli de lumière lorsque tu m’aperçus là au bout de ce champ…Ton regard Ida fut pour moi tel un coup de foudre…une banderille qui transperça ce corps Ida avant de venir toucher mon cœur…mais de cette banderille-là, Ida je n’en avais pas peur car je n’ai ressenti aucune douleur…
Doucement tu t’es approchée de moi, Ida, je n’ai pas bougé…je ne voulais pas fuir…je ne voulais pas t’effrayer…tu es venue me renifler, me sentir, tes narines de mon odeur emplir…puis tu t’es doucement frottée à moi…frottée contre ce corps Ida, ce corps si musclé, tu t’es sentie rassurée, en sécurité…et ce souffle Ida, tu te rappelles de notre souffle qui sorti en diapason de nos naseaux…ce souffle si fort et puissant qui lança le top départ de notre course effrénée…cette course qui fut presque sans fin s’il n’y avait pas eu cette faim qui nous a ralenti…cette faim et soif de l’un et de l’autre…faim de nos corps Ida…et là dans un souffle plus doux à mon oreille tu me soufflas ton nom… « Ida »…
Repus, c’est toute la nuit que nous sommes restés ensembles…toi couchée à même le sol, là juste à mes pattes, moi debout…je devais veiller…veiller sur ton corps Ida…veiller sur nous…veiller que personne ne vienne me chercher pour me ramener là-bas, nous séparer…mais toi Ida de ce là-bas tu ne sais rien…je n’ai pas voulu t’en parler pour ne pas t’effrayer…

Mais quel est ce bruit au loin ? je tends mon oreille…des sabots, des galops de chevaux…il me faut fuir Ida…alors sans te réveiller, doucement à pas feutrés de toi je me suis éloigné…les ganaderos sont là…heureusement j’étais déjà loin de toi mon Ida…Ils ne t’ont pas vu…alors c’est encore de plus belle que je couru…vers eux…ils ne devaient pas te savoir là, Ida…je n’aurais pas pu, pas su te défendre à corps perdu, Ida…Moi, c’est depuis le jour de ma naissance que je suis perdu…
C’est mon destin et rien ici-bas n’y pourra rien…le tien est là-bas dans ces champs, ces étendues à perte de vue…en liberté… Voilà ils m’ont vu…déjà s’agitent leurs lassos prêts à m’attraper…ils jubilaient alors qu’en mon corps Ida, cette flamme que tu as fait naître cette nuit, doucement s’éteint…
Me voilà de retour au point de départ dans cette ganaderia Miura…Ils m’ont mis là Ida dans ce chiquero sombre, là dans ce toril…ma vue n’a pour seul horizon que celui de ton corps Ida que je garde en mémoire…mais quels sont ces bruits qui viennent à mes oreilles, des voix, de la musique, allaient ils finalement être avec moi clément ?…Préparent ils une fête, là au bout de ce couloir ?…
J’entends quelqu’un toucher le verrou au même moment je lève la tête afin de la garder haute mais quel est cette douleur subite qui me fait baisser la tête ?…ça y est Ida j’ai compris…ils m’ont piqué la Devise dans le morrillo…j’ai mal Ida mais la barrière s’ouvre alors je me précipite…les gens s’agitent…qui sont-ils ces pantins ridicules ? Au milieu d’eux je vis soudain ce matador qui agitait sa muleta…la douleur que je ressentais me rendait fou Ida et c’est à corps perdu que je fonçais sur lui…tête baissée car je n’avais pas le choix Ida…je pensais qu’il fallait juste me défendre mais je commence à comprendre que cette place Ida est sans issue…durant quelques secondes je me souvins de ces prairies où nous étions ensembles ma douce Ida alors je ne vais pas trembler devant ce pantin, ce minus…mais il a frappé fort avec une banderille…là juste là dans mon cou…mon morillo…pour que je m’incline encore plus…pour avoir la fierté de me voir à ses pieds m’affaisser…je reviens à la charge et c’est une seconde banderille qui se planta en moi…j’en ai eu le souffle coupé…la douleur traversa tout mon corps Ida telle une décharge électrique…mes genoux s’affaissèrent…sentir le sable sur ma tête c’est fou comme cela peut faire du bien Ida…à cet instant j’ai prié pour que tout s’arrête…à mes oreilles arrivent des chants de liesse…je ne savais pas que l’on pouvait autant s’amuser autour d’une tombe…alors que là sur ce sable sous ma tête ce sont mes larmes qui tombent…la douleur qui me tiraille, me paralyse est insupportable Ida…et toi à cet instant que fais-tu ?…Sais-tu au moins ce qui m’arrive Ida…sais-tu que là doucement la vie quitte mon corps Ida…
Voilà le matador qui revient à la charge…je ferme les yeux…et je t’imagine avec notre petit courant à tes côtés…et c’est au moment de l’estocade que dans un dernier souffle c’est mon nom que je râle… Islero…le nom de mon célèbre grand père.

Donne ce nom à notre fils Ida mais de grâce fait en sorte que jamais son corps Ida ne finisse tel le miens ici…dans cette corrida.

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